Avec la venue de la NBA à Paris, les rumeurs d’une ligue « NBA Europe, se sont intensifiées. Nous sommes peut-être à l’aube d’un choc entre la NBA et le basket européen. Comment réagir en tant qu’amoureux de ce dernier ?
(chronique parue dans Basket Le Mag n°93)
Continuer en Europe ? ou rejoindre la NBA ? Depuis longtemps ce dilemme envahit l’esprit des pépites que notre continent fait naître. Pourtant, ces deux choix de carrière pourraient bientôt devenir compatibles.
Une NBA en Europe… le gamin que j’étais en a des étoiles plein les yeux. Car nous ne parlons pas d’un match ou deux. Non, une ligue NBA. En Europe. À l’année. Le projet paraît aussi fou qu’incroyable pour les fans. Mais l’homme que je suis aujourd’hui en tremble.

(crédits photo : NBA)
« NBA EUROPE », DE QUOI PARLE-T-ON ?
Ce projet, c’est le rêve d’un homme : David Stern. L’ancien boss de la prestigieuse NBA (de 1984 à 2014) évoquait déjà son souhait d’un jour voir une division de la ligue nord-américaine sur le sol européen. Un projet qui semblait inconcevable en son temps, mais visez la Lune, et même si vous n’y arrivez pas vous finirez au moins la tête dans les étoiles, comme dit le dicton. David Stern fut ainsi un artisan de l’internationalisation de la NBA, œuvrant pour le développement du basketball dans le monde à travers l’exportation de sa marque. L’idée d’une « NBA Europe » est alors doucement rangée dans un tiroir, et prend la poussière tandis que les années passent. Puis Adam Silver la ressort vingt ans plus tard.
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Mars 2024, l’affaire ressurgit en effet. La NBA se serait rapprochée d’une banque d’investissement pour évaluer les retombées financières d’une venue en Europe : le chiffre s’élève à 3 milliards de dollars. En novembre, le projet prend plus d’ampleur, car on annonce que certains des plus grands clubs européens auraient été contactés par la NBA pour s’associer. En cette fin du mois de janvier, la venue de la NBA à Paris pour les Global Games amplifient encore un peu plus les rumeurs, et oblige le patron Adam Silver à prendre la parole publiquement : il y a bel et bien le projet de créer une compétition « NBA » en Europe dans les années à venir.
L’AVENIR DU BASKET EN EUROPE ?
Tous les regards du basket mondial se tournent alors vers l’Europe. Tout le monde prend peu à peu conscience que l’avenir du basket se trouve peut-être de ce côté-ci de l’Atlantique. A l’heure où les audiences de la NBA marquent le pas et où le basket européen est en pleine essor ; à l’heure où les ressortissants du Vieux Continent envahissent peu à peu les places de choix dans les cuvées de draft successives ; à l’heure où les James, Curry, Durant font place aux Jokic, Giannis, Doncic, Wembanyama ; la NBA se dit que c’est le moment où jamais de traverser l’Océan.
Elle l’a déjà fait avec grands succès en Afrique avec la Basketball Africa League. Alors pourquoi pas le faire sur un autre continent ? Sauf que voilà, en Europe, une ligue majeure avec de très grands clubs, ça existe déjà : ça s’appelle l’EuroLeague. La place est déjà prise.
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« Il y a une histoire et une culture ici » (crédits : KK Partizan)
Dans toute cette histoire, on pourrait donc croire que l’EuroLeague est en position de force. C’est elle la référence basket du continent. Elle a tout pour elle : un championnat qui monte, de plus en plus de stars, le plus beau jeu du monde sûrement, ses propres légendes, de grandes salles, des fans dévôts et des tribunes qui font rêver le monde entier… Mais au moment où la NBA menace de débarquer, ses deux talons d’achille ressortent plus que jamais.
Le premier, c’est que l’EuroLeague est une véritable passoir économique pour ses clubs. Tous sont en déficit en fin de saison. Raisonnablement, on ne peut aimer l’EuroLeague sans souhaiter qu’un modèle plus viable soit trouvé. Le deuxième, c’est qu’il y a 25 ans, l’EuroLeague avait déjà pris la place de quelqu’un d’autre : la FIBA. Et la FIBA, qui sera l’associé de la NBA pour le projet, ne se laissera pas prier pour reprendre le contrôle. Ces querelles du passés vont ressurgir à la figure de l’EuroLeague. Ainsi plus le temps passe, et plus nous nous dirigeons vers une concurrence NBA Europe vs EuroLeague. En ce cas, les moyens financiers de la NBA ne devrait pas laisser en vie longtemps son homologue européen.
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CHÈRE NBA
Alors, si tu me lis NBA, je sais que tu auras le basket européen entre tes mains, tôt ou tard. Respecte-le. Si tu viens chez moi pour permettre aux clubs de grandir, discutons. Si tu arrives pour soutenir ce qui est en place, aider les forces en présences, parlons-en tous ensemble. Si tu te présentes pour offrir à l’Europe les moyens d’avoir la ligue qu’elle mérite, asseyons-nous autour d’une table pour esquisser l’avenir.
Maintenant, chère NBA, si tu mets les pieds en Europe pour imposer ta vision ou conquérir, mieux vaut rester là où tu es. Sache qu’il y a une histoire et une culture ici. Si tu veux remplacer nos institutions chéries par des clubs montés de toutes pièces, nos supporters par tes spectateurs, nos écharpes et drapeaux par des hots-dogs et verres de soda, c’est non.
Nous aussi, on a nos légendes. Je ne veux pas me réveiller dans dix ans, en Serbie, en Espagne, en Grèce, et rencontrer des jeunes qui connaissent la NBA sans connaître Obradovic, Navarro et Spanoulis.
Que tout cela soit pour le bien d’un sport et non d’une marque.
Le basketball ce n’est pas la NBA.
Longue vie au basketball.